Vendredi 2 septembre 2005
En février 2000,
Molly Ferrell, du magazine
Wine Spectator, écrivait que les viticulteurs de vins biologiques, bien que très minoritaires, voyait leur nombre augmenter sensiblement.
Leurs méthodes, l’agriculture durable et la biodynamie, étaient le résultat soit d’une démarche philosophique soit d’une volonté de s’engager à produire des vins de haute qualité, en comptant sur le travail des coccinelles et des rythmes cosmiques.
En 2000, les maisons
Gallo,
Wente et
Lolonis faisaient partie de cette frange de
«pionniers» développant des vins biologiques, terme quelque peu inusité si l’on considère que la production de raisins selon les principes de l'agriculture biologique existe en Californie depuis
1956. Leur stratégie est notamment basée sur le contrôle des insectes nuisibles, et dans ce cas là, l’adorable coccinelle leur ait d’un grand recours. En effet, à l’échelle des insectes, la coccinelle n’est pas très amicale; vorace, elle dévore les larves des insectes nuisibles. Les millions de coccinelles lâchées dans les vignes chaque année, ainsi que les mantes religieuses, ne font ni plus ni moins le travail des insecticides.
Les maisons tentent effectivement de satisfaire la demande des vins biologiques – ces vins sans sulfite, levure, bentonite, gaz, voire sans blanc d’œuf, utilisés dans le processus de vinification. La crainte des sulfites est la première motivation des acheteurs de vins biologiques.
Pourtant, l’ignorance est notoire pour ce qui est des sulfites, lesquels empêchent le développement des moisissures, des bactéries et prévient l’oxydation du vin. Les vins produisent naturellement des sulfites durant la fermentation, tout comme notre corps. Depuis 1998 aux Etats-Unis, la loi exige que la mention
«Contient des sulfites» figure sur l’étiquette si le vin rencontre ou excède 10 ppm (dose naturelle) par bouteille. Seulement, ceci n’est pas très inquiétant, d’autant que les jus de fruits, qui n’ont pas d’aussi fortes exigences en terme d’étiquetage, peuvent contenir plus de 1,000 ppm de sulfites ajoutés.
Les étiquettes sont donc à considérer avec délicatesse. Toujours est-il qu’à l’époque où
Molly Ferrell écrivit cet article dans le
Wine Spectator (le titre originel est
«Organic Panic»), les mentalités étaient différentes. Certaines maisons refusaient de mentionner que leurs vins étaient issus de l’agriculture biologique, et cela pour des raisons marketing. L’image de l’agriculture biologique était folklorique
(«hippie»-like image) et les viticulteurs pensaient que les consommateurs s’en détourneraient.
Tandis que l’agriculture biologique est une chose, la biodynamie en est une autre – la biodynamie est une philosophie et une manière de vivre, de respecter le terroir. Plus largement pratiquée en Europe et en Australie, la biodynamie commençait à devenir populaire aux Etats-Unis en 2000. Le principe fondateur de cette philosophie est le retour de l’énergie ou
« force de la vie » dans le sol et l’établissement d’un équilibre systémique.
Alan York, l’éditeur du
journal «Biodynamics», pratique la biodynamie depuis plus de 30 ans. Il travaille régulièrement comme consultant auprès des maisons californiennes qui souhaitent améliorer la qualité de leurs vins. Il a notamment travaillé avec
Jim Fetzer, qui était le seul, en 2000, à avoir obtenu la certification d’un vignoble en biodynamie,
Ceago, en Californie.
Alan York décrit la biodynamie comme une agriculture biologique issue de la tradition du vieux monde. Les vignerons en biodynamie s’efforcent de mettre en œuvre un système organisé à l’extrême et viable économiquement basé sur la diversité animalière et végétale. La biodynamie nécessite également de suivre régulièrement les cycles de la lune, des étoiles et des planètes afin de déterminer les dates des plantations et des récoltes. Par exemple, les graines doivent être plantées quelques jours avant la pleine lune si l’on veut obtenir de meilleures chances de germination. Les extraits d’herbes tels que la camomille sont utilisés pour activer la vie du sol avant la plantation ou injectés dans le tas de compost afin de créer une énergie chaotique
(«chaotic energy»).
Pour certains, cela est très cosmique, mais pour les viticulteurs en biodynamie, ça marche. Les célèbres domaines
Leroy,
Leflaive et
Coulée de Serrant en France et
Millton en Nouvelle-Zélande ne vous diront pas le contraire.
En raison du climat, la biodynamie est généralement limitée aux régions sèches.
La viticulture biologique et la biodynamie visent le même but, celui de bien organiser la vie du sol. Cela passe par l’amélioration de la vie microbienne à travers des techniques dites durables telles que le compostage et le fumier. L’objectif est d’avoir un sol bien équilibré à long terme afin de produire des vins de haute qualité. Les méthodes sont certes plus intensives et la production moins importante ; aussi, les vins issus de l’agriculture biologique tendent à être un petit peu plus onéreux. Mais, si vous souhaitez soutenir ces efforts et ces méthodes – et boire un vin tendrement façonné – alors, la prochaine fois que vous allez achetez du vin chez votre caviste, tentez l’expérience !
Traduit d'un article de Molly Ferrell, Wine Spectator, Février 2000
source:
www.vitibio.net
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